PERSPECTIVES (fausses)

Faut-il se laisser séduire par Camille Henrot? jeune, cultivée, déjà célébrée, une de nos nouvelles « stars » de l’art contemporain présélectionnée pour le Prix Marcel Duchamp 2010?

Les critiques récentes pour ses participations à l’exposition DYNASTY ou à l’espace culturel Louis  Vuitton sont le plus généralement élogieuses.

Pour l’exposition « Perspectives » (Vuitton), je ne peux pas contredire une séduction plastique évidente mais les ficelles des emprunts sont trop grosses: le discours « anthropologique critique » de l’artiste qui se juge elle-même pas spécialiste de la question ethnographique se limite très vite à une rhétorique combinatoire démonstrative: Emprunter au vocabulaire plastique d’œuvres issues des cultures traditionnelles (africaines, mélanaisiennes…) et les revisiter au travers  d’objets ou de références issus de notre culture occidentale contemporaine. Ces associations sont ensuite replongées dans un discours critiques empruntant à Levi Strauss ou aux mythes qui les valident dans le champ de l’art contemporain.

Ainsi d’une carte de navigation mélanésienne et d’un radiateur, d’un Boli Bamana et d’objets ménagers contemporains, d’une flêche fétière Mélanésienne et d’une aile d’avion, d’un motif de tapis de selle Navajo et de dessins d’architectures contemporaines ou modernes, de sculptures d’antilope Bamana et de durites usagés etc.

Les perspectives de Camille Henrot sont alléchantes mais fausses car trop empruntées au motif original, nous laissant un arrière goût de déjà-vu malgré le discours sensés « augmentés » le sens des œuvres, pour reprendre le titre d’une de ses œuvres « objets augmentés ».

Comme le rappel très à propos Lunettes rouges dans sa critique de l’exposition, tout ceci reste un peu sur l’estomac, un malaise déjà « diagnostiqué » par Julien Gracq dans « La littérature à l’estomac » et qu’il est bon de relire pour s’enlever la poudre des yeux.

Camille Henrot, « Le prix du danger » 2010 et Male Figure (Aripa), Papouasie Nouvelle Guinée. Metropolitan Museum, NY.

Camille Henrot, « Especes menacées », 2009-2010 et Cimier Bamana Antilope, Quai Branly. (Rmn)

Camille Henrot, « Objets augmentés », 2010 et Power Object (Boli), Mali, Metropolitan Museum, NY.

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